2016 : l’année où les réseaux sociaux sont (presque) devenus des médias

Twitter à la peine ; le leader, Facebook mis en cause pour la propagation de fausses informations ou pour sa politique de modération ; et Snapchat, copié par tous, en embuscade : on pourrait résumer ainsi cette « folle » année dans le secteur des réseaux sociaux. Une année d’évolutions tous azimut, mais aussi une année de bascule pour un marché qui, tant son audience progresse, rogne peu à peu sur celui de médias traditionnels en souffrance.

 

Les audiences se tournent de plus en plus vers les réseaux sociaux pour suivre l’actualité. Les chiffres sont là, implacables, et le phénomène est mondial. Dans une étude publiée en mai par le Pew Research Center, 62% des internautes américains déclarent s’informer via les réseaux sociaux. Selon Reuters Institute, près de la moitié des internautes européens font de même (46%). Chez les 18-24 ans au niveau mondial (étude dans 26 pays), cette source dépasse même la télévision. En France, la tendance est identique : selon Médiamétrie, en 2016, « le canal des réseaux sociaux prend de l’importance : chez les 18-24 ans, il est même l’un des 3 moyens les plus utilisés, cité par 63 % des répondants ». Sur le podium des plateformes préférées des Français qui utilisent les réseaux sociaux pour accéder à l’information, on trouve Facebook en tête (83%), loin devant Twitter (35%) et YouTube (32%).

 

2016 : L’année de la vidéo live

Si 2015 fut l’année des premières vidéos tournées en direct par des particuliers depuis des smartphones sur Periscope et Meerkaat, 2016 aura été marquée par une véritable explosion de l’usage, qui se professionnalise et se répand comme une traînée de poudre dans les « timelines ». On est ainsi passé en quelques mois d’un journalisme citoyen, artisanal, à des diffusions de qualité « broadcast », en direct, sur Facebook et Twitter. Sur Facebook d’abord, l’usage du live vidéo a été plus qu’encouragé chez des médias soucieux de bénéficier de belles mises en avant de l’algorithme. L’effet d’entrainement a fait le reste pour des éditeurs inquiets de ne pas se retrouver derrière leurs concurrents. Sur Twitter, outre la possibilité désormais offerte de lancer des live vidéo périscope directement dans un tweet, des partenariats ont été noués pour proposer des retransmissions live enrichies de tweets de compétitions sportives (NFL, Wimbledon) ou d’émissions TV, comme lors de la soirée électorale américaine ou encore avec Bloomberg TV. YouTube a suivi le mouvement en lançant YouTube Community. Cerise sur le gâteau, la vidéo est non seulement en direct, mais peut être diffusée au format immersif 360°.

 

 

2016 : l’année des « bots »

C’est une autre tendance lourde de 2016. Les chatbots ou « robots de messagerie » fleurissent sur toutes les plateformes. Dans une optique de relation client d’abord (réservations aériennes par ex.), mais aussi dans la presse : CNN, le WSJ, Libération entre autres, profitent des avancées de l’intelligence artificielle pour développer ces échanges automatisés avec leurs audiences via messagerie privée. L’ouverture de Messenger Platform aux chatbots, annoncée lors de la conférence F8 par Facebook, a suscité un fort engouement avec plus de 30.000 robots créés depuis. Avec la possibilité supplémentaire d’opérer des paiements directement dans ces interfaces, Facebook ramène encore un peu plus les audiences dans son écosystème, y compris pour les transactions entre les marques et leurs clients.

2016 : L’année de la défiance

Au-delà des évolutions technologiques, un autre évènement a connu un très fort retentissement dans l’univers du social media : l’élection de Donald Trump le 8 novembre 2016. Les réseaux sociaux, et particulièrement Facebook, ont été pointés du doigt par de nombreux observateurs pour avoir laissé se propager fausses infos et rumeurs, et s’installer des bulles de filtres qui auraient fait le lit de cette victoire. Après avoir nié toute responsabilité dans la formation de l’opinion à l’issue du scrutin, Mark Zuckerberg, sous la pression médiatique et après une fronde interne à la compagnie, a dû se résoudre à annoncer un train de mesures pour contrer la viralisation des « fake news ». Le 6 janvier 2017, face à la méfiance croissante de la presse sur les intentions de la plateforme envers le secteur, une nouvelle responsable à la tête des partenariats médias a été nommée « pour aider les journalistes et les rédactions à travailler plus efficacement et dans une meilleure proximité avec Facebook ».  

Autre sujet d’interrogation pour les observateurs à propos de Facebook, les bugs à répétition relevés dans les statistiques d’engagement, notamment sur les vidéos et le nombre de réactions. Là aussi Facebook a fini par réagir pour rassurer le marché en corrigeant le tir. Enfin, le déploiement contesté de Free basics, (un accès au web totalement contrôlé par Facebook et refusé par l’Inde), la censure d’une célèbre photo de la guerre du Vietnam ou encore les concessions supposées à la censure pour pénétrer le marché chinois ont également écorné l’image du géant américain.

 

Twitter, qui fêtait ses 10 ans en 2016, a de son côté aussi fait face à des réclamations toujours plus nombreuses sur sa politique de modération qui laisse encore trop souvent les « trolls » agir en toute impunité, poussant même certaines personnalités à fermer leurs comptes. On reproche aussi à la plateforme, mais aussi à l’application Telegram, de servir de canal de propagande à l’embrigadement terroriste. A tel point que certaines familles de victimes des attentats ont attaqué Twitter en justice. Le réseau social affirme pourtant avoir fermé plus de 360.000 comptes pro-daech. Sur Facebook, les vidéos live sont pointées du doigt après les nombreuses scènes de décès partagées en direct sur le site, on reproche aujourd’hui aux responsables de la plateforme de ne pas avoir mis en place des politiques de modération efficaces pour prévenir ce genre de diffusion.

Au final,  si la défiance envers les médias progresse, le public ne semble pas pour autant prendre ce qu’il lit ou voit sur le web et les réseaux sociaux pour argent comptant, loin de là : le baromètre 2016 Kantar TNS révélait que seuls 31% des Français « pensent que les choses se sont passées comme internet les raconte ». Un chiffre à rapprocher d’une étude Gallup aux États-Unis, qui estimait en septembre 2016 que seuls 32% de la population accordait encore sa confiance aux médias. En France, le public ferait encore confiance à la télévision (50%), aux radios (55%) et à la presse écrite (51%). Mais puisque les contenus se partagent désormais massivement sur les plateformes sociales, les destins des différents acteurs sont intimement liés. Les contenus circulent, les médias se nourrissent des réseaux sociaux, et vice versa. Il apparait clairement que cette complémentarité n’empêche pas une défiance généralisée qui semble toucher tout ce qui ressemble de près ou de loin à une institution média, et, a fortiori, à un journaliste.

« Snapchatisation » des plateformes et réalité augmentée

Les cibles jeunes ont largement adopté Snap. Inc. : au printemps 2016 une étude Piper Jaffray révélait que la plateforme avait désormais la préférence des adolescents américains, devant Instagram, Twitter, et Facebook. Véritable lieu de rendez-vous des milléniaux, cible convoitée par les marques, elle a ringardisé en quelques mois ses principaux concurrents, qui du coup, la copient sans le moindre scrupule. Facebook avec Instagram, Whatsapp et Messenger, mais aussi Twitter, tous se ruent sur des fonctionnalités dont la jeunesse raffole : stickers, écritures, transformation d’image en tout genre. La vague de la réalité « transformée » aussi qualifiée par certains de réalité « filtrée » et éphémère des Snaps, qui intègre une dose du virtuel dans le réel, résonne aussi avec le succès incroyable de Pokemon Go qui, pendant l’été 2016, a conquis des millions d’utilisateurs, ravis de pouvoir « gamifier » le monde réel.

Rachats et diversification à l’heure de l’Internet des objets

Si les rumeurs de rachat de Twitter se sont multipliées cette année, c’est finalement LinkedIn qui a trouvé preneur avec un rachat par Microsoft à hauteur de 26.2 milliards de dollars. Autre réseau social professionnel, le français Viadeo a lui été racheté par Le Figaro après avoir été placé en redressement judiciaire.

Chez Facebook, on se penche de plus en plus vers la production de « hardware » (robotique, voiture autonome, drones, caméra 3D 360°, casques VR, entre autres) et un laboratoire dédié a même vu le jour. Se défaisant progressivement de l’image d’un simple réseau social, Mark Zuckerberg lance des projets qui vont bien au-delà du positionnement initial de Facebook. Snapchat aussi opte pour la diversification : avec le lancement de ses lunettes connectées « Spectacles » et un changement de nom, Snap. Inc préfigure peut-être le futur des géants du web, à la fois plateformes technologiques, diffuseurs, et fournisseurs de biens pour entrer dans l’ère de l’Internet des objets.

2017 : année de la responsabilité ?

Les médias courent donc toujours après Facebook qui, avec Twitter, court après Snapchat. Un nouveau paysage médiatico-numérique se structure ; incertain pour les entreprises de presse et les éditeurs, il laisse peu de place aux nouveaux entrants. Cela est aussi vrai pour le marché des applis mobiles, trusté par les GAFA. Un signe qui ne trompe pas : les plateformes sociales recrutent de nombreux profils « news » issus des médias pour étoffer leurs équipes, ce qui constitue une preuve tangible du déplacement des forces entre médias et réseaux sociaux. L’application Twitter est désormais placée dans la catégorie « news » de l’AppStore, là aussi, il s’agit d’un signal révélateur. A l’été 2016,  Jack Dorsey, le CEO de Twitter, déclarait dans une interview : « nous ne sommes pas un réseau social tel que les gens l’imaginent (…) nous sommes vraiment bons pour diffuser l’information plus vite que n’importe qui (…) et permettre à chacun de fabriquer de l’information » En 2012, pourtant, son prédécesseur disait l’inverse. De son côté, Mark Zuckerberg, après avoir longtemps défini Facebook comme une plateforme technologique, a fini par admettre en fin d’année « diriger une entreprise de média, mais pas au sens traditionnel ». «Nous n’écrivons pas les infos que les gens lisent sur la plateforme », précise-t-il, « mais nous sommes conscients que nous faisons beaucoup plus que distribuer l’information, et que nous sommes une partie importante du discours public. » 

Si 2016 a épuisé la distinction entre mensonge et vérité sur les réseaux sociaux, 2017 sera-telle l’année de la responsabilité des géants du web social ? Un premier pas vient d’être fait avec le lancement, le 11 janvier 2017, du « Journalism project » par Facebook, une initiative visant à un rapprochement avec les rédactions, avec de nouveaux formats et de nouvelles formes de monétisation des contenus.

Découvrez notre chronologie détaillée des évènements qui ont marqué le secteur des réseaux sociaux en 2016 :

 

18 janvier 2017 / Ressources
Portrait de Département Médias et Réseaux Sociaux
Département Médias et Réseaux Sociaux