La communication en préfecture : d’attaché de presse à community manager

Nous avons souhaité donner la parole à un métier phare des services de l’État qui reste, bien que central, encore tropméconnu. 

Arnaud Hellégouarch, responsable de communication à la préfecture du Morbihan a accepté de nous raconter son parcours et les évolutions de son métier ces dernières années.

 

Responsable de la communication en préfecture, qu’est-ce que cela signifie au quotidien ?

 

Quand on me demande quel est mon métier, je m’entends parfois  dire « Ah oui ! En fait, tu t’occupes des petits fours …», un préjugé qui prévaut à l’extérieur mais aussi en interne, dans des services de la préfecture peu au fait des missions du  responsable de communication. 

Dans la pratique, il est vrai que l’organisation d’événements (et donc de réceptions) fait toujours partie des fonctions d’un service de la communication interministérielle, mais on ne saurait réduire son activité à cet unique domaine !

Mon quotidien c’est d’abord des relations presse, l’organisation des déplacements officiels et leur médiatisation, la veille des médias, l’élaboration et le suivi d’événements, la création d’actions de communication et le relais des campagnes de communication du Gouvernement.   Il y a enfin aussi les publications (newsletters, revue..) et la communication interne. Ce sont les fonctions « historiques » du métier.

 

Vous notez des évolutions importantes du métier ces dernières années ?

 

Pas seulement ces dernières années. Depuis les années 80, qui ont vu s’officialiser la communication de l’État dans les territoires et auprès des préfets, le métier a connu de nombreuses évolutions dont les plus prégnantes sont intervenues, il est vrai,  avec l’avènement de la communication digitale et des réseaux sociaux.

Depuis les années 2000, la communication est clairement identifiée comme une fonction stratégique : à ce titre, elle siège au sein du cabinet du préfet, le plus souvent sous son autorité directe.

Une adaptation aux médias actuels et aux impératifs de la société (réagir dans un temps très court, et.)   a néanmoins été opérée,  comme dans tous les secteurs de la communication (non, contrairement aux idées reçues, nous n’envoyons plus de communiqués par fax !).

 

Concrètement quelles autres évolutions entrevoyez-vous ?

 

L’État dans les territoires ouvre désormais très largement ses réseaux puisque la collaboration avec des structures externes aux stricts services de l’Etat est fréquente (CCI,  collectivités territoriales, organismes de sécurité civile…). D’ailleurs il faut lire comme le signe de cette ouverture le fait que ces services se dénomment désormais Services de la communication interministérielle.

La communication de crise est devenue un domaine de compétence fondamental pour les préfectures, souvent certifiée par une norme qualité. Les récents événements nationaux et locaux  nous démontrent les forts enjeux de cette communication, notamment en termes de sécurité. Au niveau local, le meilleur exemple qui me vient à l’esprit concernant l’impérieuse nécessité de maîtriser la communication de crise est la gestion de la période d’inondations qu’a connue la Bretagne entre décembre 2013 et février 2014. Cet événement météorologique d’une durée et d’une ampleur exceptionnelle a mobilisé l’ensemble de l’équipe de la communication du Morbihan (3 personnes) pendant 90 jours dont 38 en situation de vigilance orange ou rouge.

Cette mobilisation s’est traduite par plus de 35 communiqués de presse, de nombreux déplacements sur le terrain, des audioconférences 4 fois par jour, l’actualisation permanente du site internet. Toute l’information diffusée de la manière la plus réactive possible permet aux personnes concernées d’adopter les bons comportements et d’assurer leur sécurité.

En outre, la réalisation/diffusion par le service de communication deux fois par jour d’une carte interactive d’information sur la circulation sur le secteur de Redon (en concentrant de manière inédite l’information routière locale de deux régions, trois préfectures et deux conseils généraux) durant cette période a permis à la ville de continuer à vivre malgré les inondations. La première diffusion de la carte via le site internet a enregistré plus 5 000 connexions en 2 heures !

 

L’exemple de l’échouement du TK Bremen en décembre 2011 sur la plage d’Erdeven pourrait également illustrer la complexité de gérer la communication de crise notamment lorsqu’un évènement exceptionnel, l’échouement d’un navire, intervient alors que la tempête Joachim continue toujours de ravager le département. La polyvalence et la connaissance des réseaux et des techniques de communication ont été primordiales du début de la tempête jusqu’à la déconstruction totale du navire et la remise en état de la plage en mars 2012, soit 3 mois après son échouement.

Autre exemple, d’actualité, les perturbations de la circulation routière entraînées ces jours-ci par les manifestations agricoles dans l’Ouest montrent au travers des réseaux sociaux l’importance de la communication de crise. Ainsi, en l’espace de 72h, 400 nouveaux followers se sont abonnés au compte.  Les tweets sur les déviations mises en place dans le Morbihan consultés plus de 300 000 fois.

Une forte attente en terme d’information qui a certainement dû être constatée aussi pour les autres comptes Twitter des préfectures bretonnes.

La communication de crise nécessite ainsi réactivité, transparence, accessibilité, humanité, capacité d’adaptation, disponibilité, discernement, précision et sang-froid (notamment lorsque les autorités sont directement interpellées ou que la sécurité des personnes est  en cause…) Tout cela est amplifié par le web 2.0 qui confronte de manière directe et « horizontale » les communicants aux citoyens et à leurs opinions. C’est bien pour cette raison que l’on reconnait désormais que la gestion de la communication de crise fait partie intégrante de la gestion de crise !

 

En préfecture aussi, le digital a donc révolutionné les pratiques ?


Oui, tous les domaines que j’évoque sont impactés, des relations presse jusqu’à la communication de crise. Les préfectures ont pris le tournant du digital et investi cet espace en créant d’abord leurs sites internet puis en étant présentes sur les réseaux sociaux. À tel point que le responsable de la communication et son équipe sont devenus de véritables community managers. D’une certaine manière, cela dépoussière la parole de l’État, souvent perçue à tort comme surannée,  et autorise plus de proximité, l’usage d’un ton parfois décalé (quand le sujet s’y prête) et une approche plus visuelle, voire ludique. Et cela est décisif pour capter l’attention et l’intérêt d’un public de plus en plus large. . Ainsi, c’est grâce au côté « décalé » d’un tweet, qui fait un clin d’œil au film E.T., que le service de communication du Morbihan a pu faire passer un message de sécurité, en juillet 2015, sur l’interdiction de survol du Tour de France par les drones ou tout engin volant non autorisé.

Les références communes ou les illustrations permettent aussi plus de proximité avec le lecteur des tweets. C’est de cette manière qu’ont été pensées les deux vignettes relatives au #MSGU dont le contenu n’est rien de plus qu’une reprise de messages gouvernementaux, mais habillés différemment. En conclusion : [#communication] #nouveaux horizons à explorer rejoignez-nous ! 

 

 

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3 février 2016