LES 20 ANS DU SITE DU GOUVERNEMENT

 

LE 24 OCTOBRE 1996, LE 1ER SITE INTERNET DU PREMIER MINISTRE ETAIT MIS EN LIGNE. RETOUR SUR LA GENESE D’UN PROJET NOVATEUR POUR L’EPOQUE.

20 ans déjà. Nous sommes en 1996, Internet n’en est encore qu’à ses balbutiements. A l’époque, seuls 100 000 foyers français sont connectés au Web et seulement 1 500 serveurs d'hébergement sont recensés sur l’ensemble du territoire. C'est le temps de la découverte du "surf" sur Mosaïc ou Netscape, des requêtes sur Altavista, le temps du modem 56K via Worldnet, et de l'hébergement  gratuit de son serveur chez Altern…

En dehors de la Maison Blanche, du n°10 Downing Street, du ministère des Affaires étrangères israélien et, en France, de Canal + et de l'IFOP, aucune institution n'a encore eu l'audace de se lancer dans une aventure qui suscite à l'époque craintes et fantasmes en tous genres.

Le SIG prend conscience des énormes possibilités du web

Le SIG a joué un rôle déterminant dans l’avènement de l'internet gouvernemental. En effet,  conscient  des énormes possibilités qu'offrait le réseau mondial et y voyant une opportunité pour la France de préserver son rôle de pionnier dans l'industrie en général et les télécoms en particulier, il a impulsé le mouvement et entraîné avec lui l'ensemble des ministères. Dès 1993 et l'arrivée des fameuses "autoroutes de l'information", les experts du SIG avaient perçu qu'avec Internet, une révolution était en marche dans les échanges entre citoyens et institutionnels, jusqu'ici maintenus dans un échange bottom up. Internet ouvrait les voies de l'interactivité et offrait la possibilité d'une réactivité jusqu'ici inconnue.  

 

 

 

10 mois pour construire le site de Matignon de fond en comble

Dès décembre 1995, le SIG se lance dans le projet de construction du "site du Premier ministre et du Gouvernement".  Véritable exploit que les développeurs et chefs de projet web peuvent mesurer à sa juste dimension : 10 mois plus tard, le 24 octobre 1996, le site est ouvert en grande pompe dans la bien-nommée salle Pompéienne à l'Hôtel de Matignon, par le Premier ministre lui-même, entouré du ministre de la Poste, de l’Espace et des Télécommunications, du ministre de la Jeunesse et des sports et de 15 élèves de différentes écoles-pilotes « multimédia » qui, déjà, enduraient poliment les blagues incontournables sur le mulot et la souris.

 

Une rencontre décisive  avec le Secrétaire général du Gouvernement

Il aura fallu vaincre de nombreuses résistances avant d’achever ce projet, alors que l'environnement professionnel du Gouvernement et de l'administration, imprégné d'une solide et chauvine culture Minitel, faisait preuve d'un profond scepticisme à l'égard du "gadget Internet".

Face à ces réticences, il fallait un soutien de poids. Jean-Marc Sauvé, alors Secrétaire général du Gouvernement, fut décisif pour ce chantier encore perçu en 1996 comme complétement fou. « J.M. Sauvé nous a sauvés », se souviennent aujourd'hui les initiateurs du projet.

La curiosité de ce grand commis de l'Etat pour cet Internet mystérieux et objet de tant de sarcasmes dans les couloirs de  la République, avait été éveillée.  « Homme du papier » s'il en est, peu familier des ordinateurs, il souhaitait en savoir un peu plus et comprendre pourquoi le SIG se lançait avec tant de fougue dans ce projet ambitieux. Un projet qui allait se révéler titanesque, puisqu'il s'agissait déjà d'ouvrir toute l'administration à ce réseau.

La rencontre avec J.M. Sauvé eut lieu une après-midi, dans son bureau où il avait fallu faire installer en urgence une connexion téléphonique et un modem  de connexion.  Au terme d’une rapide démonstration qui lui permit de découvrir les sites de la Maison blanche, des affaires étrangères israéliennes et surtout d’obtenir en quelques clics des documents qu'il avait toutes les peines du monde à se procurer via la valise diplomatique, il comprit immédiatement les enjeux et  opportunités qui s'ouvraient à travers ce réseau.

Totalement conquis, J.M. Sauvé entraina alors dans son sillage les hauts fonctionnaires jusqu'ici rétifs et son ralliement à la "cause" Internet permit l'ouverture des portes de l'administration qui rechignait à donner accès à ses informations.  

Autour du SIG, une petite équipe s'est chargée de faire basculer l'histoire, parmi lesquels Jean-Eric Schoettl, directeur du SGG, Jean-Noël Tronc alors jeune chargé de mission au Plan et aujourd'hui DG de la Sacem, et Laurent Sorbier conseiller du ministre de la Poste et des Télécommunications. Par une circulaire du SGG signée du Premier ministre datée du 15 mai 1996, tous les ministères sans exception se sont vus embarquer dans l'aventure et encouragés à ouvrir leur propre site avant la fin de l'année 1997. L'évangélisation était en marche et un premier club des webmestres fut initié dès les premières heures avec le parrainage vigilant mais bienveillant de l'ANSSI.

 

 

 

MAKING OFF

Un appel d'offres fut lancé en février 1996.  Sur la centaine de candidatures reçues, parmi lesquelles les plus grosses sociétés du marché qui proposaient leurs services pour un coût approchant le million de francs, c'est finalement MediaLine, petite PME dirigée par une jeune centralienne, qui s'est vu attribuer le marché pour un budget de 350 000 francs. Un budget auquel se sont ajoutés l'hébergement, la maîtrise d'ouvrage, les traductions (outre le français, le site était décliné en anglais, allemand et espagnol !),  les infographies pour un total d'un peu plus de 700 000 francs…. Soit environ 110 000 euros !

On appela aussi à la rescousse un maitre d'ouvrage pour coordonner les corps de métiers et définir l'architecture du site : Antoine Lefébure, historien des médias, ancien directeur du développement du Groupe Havas, qui avait porté dans les années 80 l'aventure des radios libres et qui, 10 ans plus tard se trouvait être l'un des pionniers à œuvrer au développement d'Internet en France.

Une "chasse aux contenus" s'est alors ouverte qui, elle aussi, nécessita un travail de persuasion de haute volée. Les ministères et services étant extrêmement réticents à donner des informations qu'ils pensaient ne pas devoir être mises à disposition, ou, pire encore, à fournir gratuitement des services et produits jusqu'alors payants.  A l'arrivée, de nombreux relais ont joué le jeu dans l'ensemble des administrations et l'objectif de rendre accessibles les informations en temps réel, déjà amorcée dans les années 80 avec l'avènement de la "télématique", a été atteint dès la fin 1996 et a connu depuis un essor constant.

 

Prémices de l’interactivité

La création du site constituait en outre un enjeu important de communication pour le Gouvernement qui démontrait par-là sa volonté de transparence et de rapprochement avec les Français : un "espace Junior" fut même créé, en associant des classes élémentaires de l'Académie de Paris. Une visite virtuelle de Matignon était même proposée sur QuickTime, révolutionnaire pour l'époque et une  "boîte à lettres électronique" permettant de s'adresser directement au Premier ministre était valorisée dès la homepage.

Porté par l'utopie ambiante, le projet prévoyait un espace de dialogue permanent dans le but de développer l'interaction avec les citoyens : un "forum du Petit Matignon" prévoyait des thèmes de débat sans modérateur, donnant libre accès à qui voulait s'exprimer. Il a fallu très vite déchanter et apporter une modération tant les défoulements en tous genres avaient fini par dévoyer le projet. A l’époque déjà, les trolls sévissaient sur le web.

 

 

 

Un bouleversement majeur pour l'administration

Il n'est jamais facile de changer les comportements, et encore moins de modifier les modèles économiques. Surtout lorsqu'il s'agit de rendre gratuit ce qui est payant. A l’époque, le Minitel était l’instrument privilégié pour donner accès aux informations institutionnelles. Les transférer sur  Internet forçait à tout changer.  D'une part le support était encore très confidentiel. D'autre part, l’information fournie par l'administration via le Minitel était facturée. Le travail de persuasion fut épique, mais le sens de l’histoire finit par s’imposer : notoriété, audience potentielle et service public furent les arguments majeurs qui l'emportèrent.

Aujourd'hui, cette chronique semble à des années lumières de nos pratiques et habitudes. Alors que sont redoutées les cyberattaques qui pourraient paralyser notre économie et notre sécurité, on mesure la révolution que le pays a vécue il y a 20 ans et que l'Etat a accompagnée avec succès. Une communication multi supports pour transmettre dans les meilleurs délais les informations recherchées par les concitoyens, les relations avec les administrés hautement facilitées avec des  démarches en ligne, le développement de procédures collaboratives pour la modernisation de l'Etat, etc. , autant d'éléments que l'administration avait anticipés il  y a 20 ans et qui sont aujourd'hui totalement entrés dans les mœurs.

14 février 2017 / Vu sur le web
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