Les Français et la transition énergétique : une inquiétude pour le présent, une chance pour l’avenir ?

Alors que la loi vient d’être définitivement adoptée par l’Assemblée nationale, SIGLab se penche sur la façon dont les Français perçoivent la transition énergétique. Quels en sont pour eux les principaux enjeux ? Dans quelle mesure ont-ils confiance dans les énergies renouvelables pour accompagner ce processus ? Alors que les problématiques économiques demeurent au cœur des inquiétudes, comment les Français appréhendent-ils l’impact de la transition énergétique sur leur pouvoir d’achat et sur l’emploi ?

 

Des Français personnellement concernés par le processus bien qu'ils n'en maitrisent pas tous les aspects  

 

Largement diffusé par les discours médiatiques et politiques, le concept de transition énergétique fait aujourd’hui son chemin dans l’opinion bien que son contenu réel demeure encore assez confus. Si 78% des Français disent aujourd’hui avoir déjà entendu parler du sujet, 22% Français n’en ont pas eu écho, et 40% ne voient pas encore bien ce dont il s’agit. En ce sens, en dépit des débats suscités par l’examen du texte à l’assemblée, la notoriété du projet de loi de transition énergétique (60%) reste encore limitée en comparaison aux autres actions du Gouvernement, seuls 13% disant avoir une idée précise du contenu de ce projet.

Pour autant, si la transition énergétique demeure encore un concept obscur pour la plupart, la prise de conscience est aujourd’hui réelle. 85% estiment ainsi que mener la transition énergétique est désormais une urgence et une courte majorité (51%) estime même que cette transition énergétique peut constituer « une grande réforme ». Alors que la France s’apprête à accueillir la COP 21, l’enjeu pour l’opinion de cette transition est avant tout environnemental (46%) devançant nettement les enjeux géopolitiques (21%) ou encore les dimensions sociales (17%) et économiques (16%).

Dans ce contexte d’urgence perçue, 74% des Français estiment se sentir personnellement concernés par ce mouvement et 53% considèrent par ailleurs pouvoir agir par eux-mêmes en faveur de cette transition, notamment par l’adoption de comportements éco-responsables. Au-delà d’une action « par le haut » impulsée par le législateur, les Français attendent ainsi surtout une mobilisation des acteurs locaux (communes, communautés de communes, régions), acteurs en qui ils ont aujourd’hui le plus confiance pour assurer cette mutation. 

  

Les énergies renouvelables plébiscitées mais le recours au nucléaire parait encore indispensable

 

Dans ce contexte, les énergies renouvelables sont aujourd’hui plébiscitées. Près de 9 Français sur 10 estiment qu’elles sont des énergies d’avenir (89%), et une proportion similaire les considère comme un vecteur d’indépendance énergétique pour le pays (88%). A titre individuel, les Français considèrent également qu’elles permettent de faire des économies d’énergie (81%) et qu’elles peuvent favoriser le bien-être dans leur domicile (86%).

Les Français considèrent par ailleurs que le développement des énergies renouvelables doit être encouragé en France (90%), alors qu’ils ne sont que 45% à vouloir que le nucléaire se développe et 21% pour le charbon ou le fioul. Parmi les différentes énergies, l’énergie solaire est la mieux considérée (cf figure 1 ci-dessous). Jugée comme l’énergie la plus prometteuse pour l’avenir, la moins polluante et la moins dangereuse, elle devance l’énergie éolienne également bien évaluée mais perçue comme plus onéreuse et donc moins prometteuse.

Au-delà de cette image positive et très encourageante, les Français peinent néanmoins  à croire au remplacement des énergies fossiles ou nucléaire par ces énergies propres. Ces dernières sont ainsi jugées comme insuffisantes pour pallier aux besoins énergétiques actuels du pays, et seule une courte majorité (52%) considère qu’elles auront, « d’ici 40 ans », la capacité de  fournir de l’électricité à tous les habitants. En ce sens, si l’opinion se montre désormais réticente à son  développement, l’énergie nucléaire - jugée comme la plus performante (cf figure 1) -  est appelée pour les Français à garder une place dans le mix énergétique du pays. Une majorité relative (36%) se déclare ainsi favorable au recours à l’énergie nucléaire en France quand 34% se disent hésitants et 14% hostiles. Pour justifier ce recours à l’atome, les Français mettent ainsi de plus en plus en avant des arguments politiques et économiques au détriment des arguments écologiques. L’indépendance énergétique de notre pays est ainsi aujourd’hui citée par 4 Français sur 10, et le coût réduit du nucléaire (25%) surpasse désormais l’argument relatif à l’absence d’émission carbone (18%) (cf figure 2 ci-dessous).  En ce sens et ce malgré les polémiques sur le traitement des déchets nucléaires, une courte majorité (52%) considère cette énergie comme compatible avec la transition énergétique.

 

Au-delà de l’aspect environnemental, l’aspect financier reste un enjeu au cœur de cette transition

 

Si les Français restent encore attachés au nucléaire, c’est qu’ils sont aujourd’hui inquiets quant au coût réel de la transition énergétique en période de crise économique. Dans un contexte de crise du pouvoir d’achat, l’aspect économique et financier demeure ainsi le principal frein à l’engagement personnel dans ce processus : 49% évoquent ainsi en premier « la crainte que cette transition soit trop coûteuse à court terme », 35% « l’absence ou la faiblesse des incitations financières » et 32% « la crainte de trop fortes hausses d’impôts » (cf figure 3 ci-dessous). A noter que les Français rejettent aujourd’hui clairement l’idée d’une écologie punitive fondée sur la fiscalité. Alors que la facture d’électricité et le prix de l’énergie sont deux sujets toujours très sensibles, 7 Français sur 10 ne sont aujourd’hui pas disposés à voir augmenter leur facture d’électricité pour atteindre l’objectif fixé par l’Union européenne de 20% d’énergie renouvelable.

En miroir à ces craintes, les mécanismes incitant les Français à participer davantage à cette transition sont également de nature économique. Ces derniers citent ainsi comme principaux leviers incitatifs les crédits à taux zéro et les éco-prêts ainsi que le fait de voir que « cela pourrait améliorer le pouvoir d’achat » (cf figure 4 ci-dessous). Deux leviers qui distancent l’argument environnemental ou encore celui de l’amélioration de la qualité de vie. Plus largement, les Français distinguent aujourd’hui nettement les avantages en matière macro-économique qui pourraient résulter de la transition énergétique. 58% estiment qu’elle aura un impact positif sur l’emploi, 53% sur la croissance économique et 49% sur la compétitivité des entreprises (cf figure 5 ci-dessous)

  

 

Une réforme qui portera ses fruits… mais sur le long terme

 

Si les Français perçoivent tous les avantages qu’ils peuvent tirer d’une telle transition, ils ont néanmoins conscience qu’il s’agit en premier lieu d’une réforme pour l’avenir. Pour l’opinion  le rapport  avantages/inconvénients d’un tel processus est ainsi  jugé comme très négatif à court terme, assez équilibré à moyen terme, alors que, selon eux, les bénéfices l’emporteront largement à plus longue échéance (cf figure 6 ci-dessous). S’agissant de la question plus précise du coût de l’énergie, les Français restent néanmoins plus sceptiques y compris sur le moyen et le long terme (cf figure 7 ci-dessous).

           

 
Sources utilisées :

 

BVA/SIG, juin 2015

IFOP/SIG, juin 2014

IFOP, Les Français et l’énergie, avril 2014

IFOP/Energie perspective, les Français, la transition énergétique et les économies d’énergie, 28-29 octobre 2014

BVA/IRSN, Baromètre de perception des risques et de la sécurité par les Français, octobre 2013

Harris Interactive/CESE, Le grand public et la transition énergétique, avril 2013

Ipsos/SER, Les Français et les énergies renouvelables, décembre 2012

30 juillet 2015 / Études
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