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Lutte contre la propagande djihadiste : le contre discours de la France

En concertation étroite avec les différents ministères concernés, le Service d’information du Gouvernement coordonne, depuis janvier 2015, la réponse de l’Etat à la propagande djihadiste. A l’occasion du deuxième anniversaire de « STOP DJIHADISME », SIG Lab dresse un premier bilan pour rappeler les enjeux, présenter les résultats et dégager les perspectives du contre-discours de la France.

I. Les enjeux du contre-discours

L’enjeu crucial : la « domination informationnelle »
Les djihadistes ont fait de la propagande l’une de leurs principales armes. Dans son Appel à la résistance islamique mondiale, leur théoricien Al Souri affirme que "le combat dans la voie de Dieu est un ensemble réunissant sur un même plan : opérations politiques, militaires et médiatiques." Dominer le champ médiatique, fasciner ou terroriser les esprits est pour eux un but de guerre à part entière. Les démocraties doivent donc aussi elles aussi, à leur manière et dans le respect de leurs principes, engager la lutte sur ce plan.


Le champ de bataille : l’espace numérique
A notre époque où les réseaux sociaux sont devenus des sources majeures d'influence, cette lutte a pour champ de bataille l’espace virtuel du web. Ce terrain n’est pas un théâtre d’opérations facile pour la puissance publique. Il est marqué par l'explosion des flux d'information et l’égalisation des prises de parole. Sur Facebook ou sur Twitter, chaque expression se vaut : une déclaration gouvernementale peut y entrer en conflit avec une thèse complotiste, sans qu’aucun médiateur ne vienne distinguer le bon grain de l’ivraie.


L’adversaire : un expert en la matière
L’exercice est d’autant plus difficile que nos ennemis maîtrisent désormais parfaitement les codes de la communication sur le web. La propagande de daesh des années 2010 n’a rien à voir avec celle d’al qaïda des années 90. Par leur connaissance de l’espace numérique, ils ont pu créer sur la toile le sentiment d’une communauté virtuelle par-delà les frontières. On estime ainsi que 1 000 propagandistes djihadistes sont actifs sur les différents réseaux sociaux en langue française et que 200 000 personnes sont des consommateurs réguliers de leur propagande en France.
C’est en toute connaissance de ces enjeux que le Gouvernement français s’est engagé dans la construction du contre-discours porté, sur Internet, par l’écosystème « STOP DJIHADISME ».

II. Les moyens déployés et les résultats atteints

 

Janvier 2015 : lancement du site fondateur
Le premier jalon de l’écosystème « STOP DJIHADISME » a été posé, en janvier 2015, lors de la mise en ligne du site fondateur du même nom. Refondue en novembre 2016, cette plateforme rassemble des contenus d’ordres divers : articles, infographies, clip, témoignages… Elle vise, d’abord, à informer l’ensemble de nos compatriotes sur la menace terroriste et la réponse de l’Etat. Elle veut également être une ressource pour les parents qui s’inquiètent de la dérive de leur enfant : des ressorts de la propagande djihadiste y sont décryptés, les signes visibles de radicalisation y sont présentés… et un numéro vert est indiqué pour alerter les autorités publiques.


Décembre 2015 : la création des comptes Twitter et Facebook
Pour augmenter la visibilité de notre contre-discours et diffuser quotidiennement des nouveaux contenus sur le web, le Gouvernement a créé, en décembre 2015, des comptes « STOP DJIHADISME » sur Twitter et Facebook. Depuis 13 mois, ces 2 comptes émettent, chaque jour, une demi-douzaine de messages : articles, vidéos, infographies…. Chacun de ces supports est validé par un comité interministériel et étayé sur les analyses d’un comité d’experts. Ponctuellement, des séances de « Questions / Réponses » sont organisées sur Twitter pour échanger directement avec les internautes sur un aspect particulier (politique étrangère de la France, communication de l’Etat, suivi des jeunes et des familles…)

 

Les 3 objectifs visés
Le contre-discours diffusé sur Facebook et Twitter par les comptes « STOP DJIHADISME » vise 3 objectifs. Le premier est d’informer l’opinion sur les moyens déployés par l’Etat contre le terrorisme (victoires militaires sur les théâtres d’opérations, mesures prises en France pour la sécurité, dispositif d’écoute pour les signalements suspects…). Le deuxième est de déconstruire, point par point, les mensonges de la propagande djihadiste, afin de renforcer l’esprit critique de certains publics (informations factuelles sur daech, parole donnée à des victimes, des repentis et des réfugiés….). Le troisième est de rappeler nos valeurs républicaines, afin de mobiliser l’ensemble de la communauté nationale (promotion des droits de l’Homme, mobilisation des autorités musulmanes, engagement dans la Réserve citoyenne…).
Complémentaires, ces 3 lignes éditoriales ne visent pas les mêmes franges de l’opinion. La première s’adresse clairement au grand public et aux proches tandis que la deuxième cherche plutôt à atteindre les jeunes fascinés ou tentés par le djihad. Nous sommes bien conscients qu’il est très difficile, pour un émetteur officiel, de toucher et convaincre ces derniers. Mais, dans l’attente que des acteurs privés puissent le faire mieux, il est du devoir de l’Etat de s’y efforcer. 

 
Premier bilan
Depuis leur création en décembre 2015, les comptes « STOP DJIHADISME » ont diffusé chacun plus de 3 500 messages. Si leur public reste limité (plus de 12 000 « followers » pour Twitter / près de 19 000 « fans » pour Facebook), il est en progression (le compte Twitter gagne désormais près de 500 followers par mois) et leur visibilité est nettement supérieure. Le nombre d’impressions mensuelles cumulées est estimé à plus de 1,5 million sur Twitter et à plus de 400 000 sur Facebook.
Ces bons chiffres recoupent ceux du site « STOP DJIHADISME » : depuis sa mise en ligne, il a été visité plus d’1,2 million de fois et le temps moyen de ces visites se situe autour de 4 minutes. Quant au nombre de signalements suspects, il a été doublé pour atteindre près de 12 000 fin 2016. Dans 70 % des cas, ces signalements se sont révélés fondés.
L’analyse des messages les plus commentés et relayés sur les réseaux sociaux permet d’identifier quels sont ceux qui suscitent le plus d’adhésion au sein de notre audience. A ce jour, les contenus les plus partagés sont clairement ceux qui appellent les internautes à la vigilance en les invitant à signaler aux autorités les comptes (Pharos) ou les individus (Numéro vert) suspects. Viennent ensuite les messages soulignant les défaites et les exactions de daech et les messages rappelant à la loi. Ce bilan confirme, en creux, que notre contre-discours porte d’abord auprès des personnes éloignées de toute tentation radicale.

Focus sur la campagne #ToujoursLeChoix

Conscients de cette limite, le SIG a lancé, en novembre 2016, la campagne « #ToujoursLeChoix » construite sur un support unique au monde.


 

Un support innovant
En concertation avec des experts reconnus et des personnes confrontées à un processus de radicalisation, le SIG a conçu deux films invitant à faire une expérience interactive. Tournées en caméra subjective, ces deux vidéos glissent le spectateur dans la peau d’un jeune garçon et d’une jeune fille, Medhi et Emma. Elles lui permettent ainsi de vivre leur parcours comme s’il en était l’acteur.
Chacun de ces deux films est constitué de plusieurs séquences au terme desquelles le spectateur est amené à choisir la suite qu’il veut donner à son aventure. Ce mode narratif souligne la responsabilité individuelle en rappelant que chacun garde « toujours le choix » avant l’irréparable. Confrontés à ces choix majeurs, le spectateur peut donc soit s’enfoncer dans le processus de radicalisation, soit briser cette spirale.
Pour éveiller le sens critique de ceux qui se radicalisent, chaque « mauvais » choix fait apparaitre à l’écran le témoignage authentique d’une victime ou d’un proche. Cet éclairage a pour but de provoquer un choc salutaire, en basculant du virtuel au réel, pour toucher les émotions et stimuler les réflexions du spectateur.
S’il n’en tient jamais compte et fait jusqu’au bout les « mauvais » choix, il découvre, à la fin de la vidéo, le destin qui attend Emma après son départ pour la Syrie et le sort qui frappera Medhi après la commission d’un acte sur le territoire national.


Les publics visés
Faire du spectateur l’acteur du film ; éclairer les choix par des témoignages : voilà les principes fondamentaux qui fixent la forme et le fond de ces vidéos. Par cette méthode innovante, le Gouvernement veut s’adresser à tous les Medhi et Emma de notre pays qui, un jour, se sont posés ces questions au sujet du djihadisme : qui dois-je croire ? Que dois-je faire ? Nous pensons qu’ils trouveront dans ces films des réponses à leurs interrogations.
A l’attention du grand public et des familles, ces deux vidéos offrent également des clés pour comprendre l’évolution – parfois très rapide – de leurs proches ou de leur entourage. En mettant en scène des parents et des amis, elles permettent à l’ensemble des spectateurs de s’identifier à l’un des personnages et invitent chacun à se saisir du problème.


Les résultats atteints
Déployée entre le 18 novembre et le 8 décembre sur l’ensemble des médias, la campagne « #ToujoursLeChoix » s’est soldée par d’excellents résultats en termes de perception par l’opinion publique. Selon les résultats d’une enquête BVA réalisée auprès de 2 500 personnes, 76% des Français se souviennent de la campagne et 70% la jugent positivement. Ces scores élevés sont encore meilleurs dans les tranches de l’opinion que nous souhaitions tout particulièrement sensibiliser : ils atteignent respectivement 82% et 77% chez les 15-17 ans et 78% et 73% chez les 18-24 ans.

III. Les perspectives du contre-discours : la mobilisation générale

La mobilisation de la société civile
La mobilisation de tous les acteurs publics – Etat, collectivités locales, services sociaux… – est en marche dans tous nos territoires. Mais, pour garantir l’impact de notre contre-discours, nous devons surtout trouver des appuis et des relais au sein même de la société civile. Une large partie des personnes visées par la propagande djihadiste est imperméable à toute parole officielle. Imbibées de thèses complotistes, elles n’accordent plus aucun crédit aux messages portés par les collectivités publiques. La seule manière de les toucher est de s’appuyer sur des médiateurs issus de leur entourage.

A cet égard, la mobilisation des autorités musulmanes locales est bien sûr essentielle. De nombreuses mesures sont prises en son sein pour prévenir la radicalisation. Les réunions de l’Instance de dialogue avec l’Islam de France  montrent que des imams et des aumôniers, toujours plus nombreux, sont prêts et formés pour répondre aux arguments des théologiens auto-proclamés de daech. Un contre-discours d’ordre religieux est, ainsi, le complément nécessaire du contre-discours de l’Etat.

La mobilisation de chacun
Pour autant, il serait faux de croire que le défi lancé par la propagande djihadiste ne concerne que les pouvoirs publics et la communauté musulmane. Au-delà même des grands acteurs du web (Google, Facebook, Twitter…), il s’adresse à toutes les femmes et les hommes de bonne volonté. Nombreux sont déjà ceux qui combattent, dans leur association ou par leur publication, la haine et les discours mortifères. Leurs rangs doivent encore s’élargir !

En réalité, le contre-discours est l’affaire de chaque Français en qualité de citoyen. La radicalisation djihadiste est l’une des expressions les plus violentes et les plus tragiques des maux qui traversent et fracturent nos sociétés. Notre modèle consumériste génère, de manière simultanée, jouissances matérielles et insatisfaction existentielle. La civilisation du supermarché crée, comme l’écrit le philosophe Gilles LIPOVETSKY, « le sentiment de toujours manquer la part essentielle de la vie ». C’est pour fuir cette béance que certains jeunes cherchent dans la radicalisation violente une manière de retrouver un sens à l’existence.

Nous ne prendrons toute la mesure du mal qu’en redéfinissant ensemble, lors de nos grands choix démocratiques, les voies et les moyens de « refaire société ». 

 

 

 

15 février 2017
Portrait de Christian Gravel
Christian Gravel
Directeur du SIG
@gravel91