Archives 2014 / 2018

Primaires américaines : Jour J pour les candidats à la maison Blanche!

Mardi prochain, les électeurs de l’Iowa seront appelés aux urnes pour sélectionner le candidat qu’ils souhaitent voir représenter leur parti pour l’élection présidentielle de novembre. Ce scrutin sera suivi par la primaire du New Hampshire le 9 février avant que, tour à tour, l’ensemble des 50 États américains ne se prononcent lors d’un long processus qui se prolongera jusqu’à la mi-juin. Une série d’élections qui prendra le plus souvent la forme d’une primaire classique, mais aussi parfois d’un caucus, une procédure plus proche de la démocratie participative. Toutefois, les premiers États à voter ont un poids particulièrement important. L’attention des médias sera concentrée sur l’Iowa et le New Hampshire dans les prochains jours, et les répercussions pour un candidat d’un score inattendu par rapport aux pronostics des observateurs seront très importantes au point de vue national, enclenchant des dynamiques d’opinions positives ou négatives. C’est d’autant plus vrai que chez les républicains aussi bien que chez les démocrates, les jeux ne semblent pas faits à ce stade. L’occasion de faire le point sur les sondages, à quelques jours de ces scrutins décisifs.

 

Le parti républicain cherche un candidat alternatif pour faire face à Donald Trump, qui domine toujours son camp

Les sondages nationaux ne permettent pas de se faire une idée du rapport de force dans les différents États, mais ils seront très utiles pour mesurer les dynamiques à l’œuvre après les premières primaires. A ce stade, Donald Trump domine très largement le camp républicain : les derniers sondages lui accordent entre 34% et 41% des intentions de vote, soit 20 points de plus que son adversaire le plus proche, le sénateur ultraconservateur du Texas Ted Cruz. Depuis le lancement de sa campagne en juin et sa percée immédiate dans les sondages, aucun de ses concurrents ne l’a menacé durablement.

Dans l’Iowa, l’homme d’affaire semble reprendre le dessus sur Ted Cruz, qui l’avait un temps menacé. Le soutien de Sarah Palin et les violentes attaques d’une partie des leaders républicains contre le sénateur du Texas, détesté par une partie de ses collègues du Sénat, ont sans doute permis à Donald Trump de s’attacher les voix d’une partie des électeurs évangéliques. Ces derniers sont en effet numériquement très importants dans l’Iowa, où ils représentaient 57% des électeurs de la primaire de 2012. Parmi les autres candidats, seul le sénateur de Floride ne semble pas condamné à devoir faire de la figuration : les derniers sondages lui donnent désormais autour de 15% des intentions de vote.

L’évolution des sondages pour la primaire républicaine dans l’Iowa

Dans le New Hampshire, l’avance de Donald Trump est encore plus marquée que dans l’Iowa : crédité de près de 35% des intentions de vote, il dispose de plus de 20 points d’avance sur ses adversaires. Le New Hampshire est sociologiquement très favorable au businessman : les républicains y sont plutôt modérés (les électeurs modérés ou libéraux représentaient 47% de l’électorat de la primaire de 2012) et la tendance libertarienne du parti est puissante dans cet État dont la devise (« Live Free or Die ») est évocatrice. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’électorat de Donald Trump est essentiellement composé de personnes appartenant à l’aile centriste et modérée du parti républicain et surtout caractérisée par leur rejet des partis et des élites politiques traditionnelles.

L’évolution des sondages pour la primaire républicaine dans le New Hampshire

Malgré cette avance a priori irrattrapable de Donald Trump, l’étape du New Hampshire sera peut-être cruciale pour la suite des primaires républicaines : elle pourrait permettre à l’establishment du parti (élus et dirigeants locaux, donateurs, lobbyistes, médias, consultants politiques, groupes de pression, etc.) de départager les candidats qui sont acceptables à leurs yeux. Or, ce soutien de l’establishment est décisif pour remporter les primaires, bien que cette année, il ait jusqu’à présent été incapable de se rassembler derrière un candidat. Parmi les candidats susceptibles de remporter cette « primaire invisible » au sein de la machine du parti républicain, on retrouve au coude-à-coude dans les sondages le très conservateur sénateur de Floride Marco Rubio, l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush, et les deux représentants de l’aile modérée du parti, le gouverneur de l’Ohio John Kasich et le gouverneur du New Jersey Chris Christie. Si l’un d’entre eux se dégage et/ou si certains décident d’abandonner leur campagne du fait de résultats trop mauvais, la physionomie de la course à l’investiture républicaine pourrait être modifiée.

 

La suite de cette longue campagne se tiendra en Caroline du Sud le 20 février, avant l’étape du Super Tuesday le 1er mars, lors de laquelle 14 États feront leur choix. Si les sondages donnent dans la plupart de ces États une large avance à Donald Trump, la situation reste très ouverte. Une défaite dans l’Iowa ou le New Hampshire pourrait enclencher une spirale négative en la défaveur de Donald Trump dans l’opinion. Et le ralliement de la machine du parti républicain autour d’un candidat auréolé de plusieurs succès électoraux pourrait changer la donne, entrainant une dynamique positive. La victoire de Donald Trump est donc loin d’être acquise, d’autant que son électorat, constitué de personnes rejetant le système politique, pourrait se montrer plus abstentionniste que la moyenne.

 

Hillary Clinton devrait pouvoir résister à la percée de Bernie Sanders

 

Dans le camp démocrate, Hillary Clinton domine toujours nettement la course au niveau national : créditée de 48% à 55% des voix dans les dernières enquêtes, elle dispose d’environ 15 points d’avance sur le sénateur du Vermont Bernie Sanders. Le seul autre candidat crédible, l’ancien gouverneur du Maryland Martin O’Malley, n’est jamais parvenu à décoller dans les sondages. A noter toutefois que l’écart au niveau national entre l’ancienne First Lady et Bernie Sanders s’est réduit ces dernières semaines, avec des conséquences importantes dans l’Iowa et le New Hampshire.

Les deux adversaires sont désormais au coude-à-coude dans l’Iowa, Bernie Sanders ayant rattrapé la quasi-totalité de son retard dans les trois premières semaines de l’année 2016. La mobilisation des électorats des deux candidats sera donc déterminante : Bernie Sanders parviendra-t-il, comme Barack Obama en 2008, à conduire aux urnes les électeurs jeunes, diplômés et libéraux ? Si le candidat de la gauche démocrate a pu mettre en place un maillage étroit de permanences de campagne dans l’Iowa, ces dernières restent concentrées dans les centres urbains, là où Barack Obama avait en parallèle visé les zones péri-urbaines et rurales. Surtout, Hillary Clinton, ayant appris de ses erreurs de 2008, a elle aussi musclé sa présence sur le terrain : elle dispose de 26 permanences dans cet État de 3 millions d’habitants, contre 23 pour Bernie Sanders. L’autre inconnue concerne les supporters de Martin O’Malley, qui pourraient s’avérer décisifs. Les règles du caucus forcent en effet les électeurs des candidats recueillant moins de 15% des voix à se reporter sur un autre candidat. Or, les derniers sondages créditent l’ancien gouverneur du maryland de moins de 5% des suffrages. Une telle configuration pourrait légèrement favoriser Bernie Sanders, car les sondages indiquent que les supporters de Martin O’Malley le préfèrent à Hillary Clinton.

 

L’évolution des sondages pour le caucus démocrate dans l’Iowa

 

Alors qu’en 2008, la primaire du New Hampshire avait permis à Hillary Clinton de rebondir après sa défaite face à Barack Obama dans l’Iowa, l’État semble cette année pencher en faveur de Bernie Sanders. Sa légère avance s’est creusée au cours des dernières semaines de la campagne, certains sondages lui accordant jusqu’à 22 points d’avance sur Hillary Clinton. Le sénateur bénéficie en effet d’une sociologie très favorable : quasi absence des minorités ethniques afro-américaines et hispaniques favorables à Hillary Clinton et électorat démocrate très libéral.

 

 L’évolution des sondages pour la primaire démocrate dans le New Hampshire

Reste qu’une défaite d’Hillary Clinton dans l’Iowa et dans le New Hampshire n’oblitèrerait pas ses chances de devenir la candidate démocrate pour l’élection démocrate. Elle dispose en effet du soutien incontestable de la machine du parti démocrate : 148 représentants (sur 188 démocrates), 38 sénateurs (sur 44 démocrates) et 12 gouverneurs (sur 18 démocrates) lui ont apporté leur appui, alors que le sénateur du Vermont ne peut se prévaloir que du soutien de 2 représentants. Or, comme chez les républicains, le soutien de l’establishment est le plus sûr moyen de prévoir qui va remporter les primaires, les conséquences d’un tel soutien en termes de moyens humains, financiers, logistiques et intellectuels étant énormes.

D’autre part, l’Iowa comme le New Hampshire ne sont pas représentatifs de la coalition démocrate actuelle. En 2008, respectivement 94% et 95% des électeurs des primaires démocrates dans ces deux États étaient blancs. Or, en 2012, les électeurs blancs ne comptaient que pour 55% de l’électorat total de Barack Obama. De plus, les électeurs démocrates de l’Iowa comme du New Hampshire sont beaucoup plus ancrés à gauche que l’électeur démocrate moyen au niveau national : lors des primaires de 2008, 54% des électeurs démocrates de l’Iowa se qualifiaient de « libéraux » (c’est-à-dire fermement ancrés à gauche, selon la terminologie américaine), et 56% dans le New Hampshire ; en revanche, lors de l’élection présidentielle de 2012, seul 43% des électeurs de Barack Obama se définissaient comme libéraux. Cette configuration, très favorable à Bernie Sanders dans les premiers États à voter, où les électeurs sont avant tout des jeunes blancs diplômés et libéraux, pourrait l’handicaper par la suite. Les États qui voteront à la fin du mois de février et en mars seront en effet beaucoup plus divers ethniquement et beaucoup plus modérés politiquement que l’Iowa et le New Hampshire, deux facteurs qui avantageront Hillary Clinton. L’ancienne First Lady compte en effet avant tout sur les voix des catégories populaires, des minorités hispaniques et afro-américaines et des électeurs modérés pour remporter la nomination du parti démocrate. Même en cas de défaite dans l’Iowa et dans le New Hampshire, le calendrier des primaires joue donc en sa faveur.


***

Quoi qu’il en soit, le processus des primaires conduit souvent à des surprises. Quelques jours avant le caucus de l’Iowa de 1976, aucun sondage et aucun observateur ne prévoyait une victoire, ni même seulement un score à deux chiffres du gouverneur quasi inconnu de Géorgie Jimmy Carter. De même, en 1992, les victoires surprises du jeune gouverneur de l’Arkansas Bill Clinton au début du processus des primaires avaient radicalement modifié la donne. L’irruption d’un candidat inattendu dans les primaires et son installation à la Maison Blanche en janvier 2017, même si ce n’est pas le scénario le plus probable, reste donc de l’ordre du possible.

1 février 2016 / Études
Portrait de Département Opinion
Département Opinion