Quel regard les Français portent-ils sur les associations et l’engagement bénévole ?

Le 7 octobre dernier, Manuel Valls a annoncé la mise en place d’un « CICE associatif », un crédit d’impôt adapté aux associations, afin de mieux les soutenir et promouvoir une véritable culture de l’engagement en France. A cette occasion, SIGLab revient sur la perception que les Français ont du secteur non lucratif.  Quel est sa cote de confiance ? Quels sont les domaines d’action privilégiés par les Français et leur niveau de générosité ? Et quel rapport entretient la jeunesse avec le monde associatif ?

Un secteur très dynamique (données INSEE 2016)

La France compte environ 1,3 million d’associations (70 000 se créent chaque année), qui regroupent 21 millions d’adhérents, soit plus de 4 Français sur 10. Elles interviennent principalement dans quatre domaines : le sport (24%), les loisirs (22%), la culture (18%) et la défense de causes, de droits ou d’intérêts (17%). 12% d’entre elles emploient des salariés, le plus souvent un ou deux, se concentrant surtout dans l’action sociale, humanitaire ou caritative, l’hébergement social ou médico-social et la santé. Au total, le travail salarié effectué dans ces structures représenterait 7% du salariat global (équivalent temps plein). Mais l’essentiel des associations s’appuie surtout sur les 13 millions de bénévoles* (+2,4 pts vs 2010) que compte la France, leur volume de travail correspondant à 680 000 emplois (équivalent temps plein). Sans surprise, les 65 ans et + sont les plus investis (35%) mais le bénévolat des moins de 50 ans progresse régulièrement (25% des 35-49 ans, +8 pts vs 2010). Une évolution probablement alimentée par l’émergence d’un discours autour du « bénévolat de mission », mettant l’accent sur le recours à des compétences ciblées et avec des temps courts s’accordant aux rythmes de travail des salariés et qui peut également répondre à une quête de sens de la part des individus. Des chiffres qui attestent de la vitalité du secteur associatif dans le pays.

* extrapolations faites à partir de données déclaratives (IFOP, janvier 2016)

Près de 7 Français sur 10 font confiance aux associations

Dans un climat de défiance particulièrement fort à l’égard des institutions, les associations et fondations figurent parmi les organisations les plus crédibles aux yeux des Français. Avec un niveau de confiance avoisinant les 70% (68% en moyenne depuis 2012 et 66% en 2015), les associations devancent les syndicats (27%), les médias (24%) et les partis politiques (12%) mais arrivent derrière l’armée et la police (75% à 80%). A noter toutefois un écart de 10 points s’agissant de la confiance dans les associations et fondations faisant appel aux dons (56%).

Un pays très porté sur le bénévolat, véritable levier d’engagement aux yeux des Français

S’ils en avaient l’occasion, les Français seraient prêts à s’engager bénévolement au sein d’une association ou d’une ONG, particulièrement sur les sujets liés à la culture et aux loisirs (64%), à l’environnement (62%), à la santé (61%) et à l’action sociale et humanitaire (60%). L’éducation (50%), la défense des droits (48%), le sport (44%) et le patrimoine (39%) semblent susciter moins d’appétence quand la politique (20%) et la religion (17%) se placent en dernière position. A noter, les causes environnementales sont très mobilisatrice auprès des moins de 35 ans (66% vs 53% chez les 65 ans et +).

Dans ce contexte, et alors que plus de la moitié des Français (53%) se définissent comme des citoyens engagés, le secteur non lucratif représente un levier d’engagement alternatif. Ainsi, sur une échelle de 0 à 10 (le maximum signifiant « qu’une action contribue à beaucoup améliorer le fonctionnement de la société »), 67% positionnent « le bénévolat associatif » et 65% « l’engagement dans un volontariat ou un service civique » entre 6 et 10, devant d’autres collectifs plus traditionnels comme « la manifestation » (39%) ou « l’adhésion à un parti politique ou à un syndicat » (28%). Et « la conviction que l’action des associations est utile et efficace » ressort comme une motivation d’engagement (80%).

Les bénévoles confirment ces perceptions : 47% estiment que la définition de « bénévole » fait avant tout référence à « citoyen engagé ». Et pour plus de 8 sur 10 d’entre eux, le bénévolat est motivé par le sentiment d’« être utile à la société et agir pour les autres ». Interrogés sur les deux avantages qu’ils retirent de leur investissement au sein d’une association, ils privilégient d’abord « la défense des valeurs de solidarité » (60% au total), assez nettement devant l’idée de « mettre l’humain au centre des préoccupations sociales », « recréer du lien social » et « s’impliquer dans la vie locale », qui recueillent entre 31% et 42% des suffrages. Ainsi, dès lors qu’il est question de bénévolat associatif, les notions de citoyenneté, d’utilité, d’engagement et de solidarité prédominent.

La jeunesse engagée dans la vie associative*

Bousculant l’idée d’un certain individualisme des jeunes, les moins de 30 ans démontrent au contraire un fort intérêt pour l’engagement bénévole : 35% des 18-30 ans déclarent consacrer du temps à une association ou à une autre organisation au moins ponctuellement dans l’année. Plus d’un tiers des jeunes est donc aujourd’hui investi dans une activité associative, dont près d’un quart (23%) régulièrement, que ce soit chaque semaine (14%) ou chaque mois (9%).

Et par rapport à leurs voisins européens, les jeunes Français se situent au second rang de l’UE en termes de participation bénévole (European Quality of Life Survey, 2012) : 19% des 18-24 ans déclarent avoir donné régulièrement de leur temps au cours des 12 derniers mois, juste derrière l’Islande (20%), mais devant l’Allemagne (14%), le Royaume-Uni (14%), l’Espagne (10%) et l’Italie (9%).

Alors que les jeunes ont tendance à bouder les urnes, ils sont nombreux à s’impliquer dans la vie de la cité en choisissant des voies moins conventionnelles que le vote ou l’adhésion à un parti ou un syndicat. Si le service civique peut en partie expliquer ce volume d’engagement actuel, la crise mais aussi les attentats ont encouragé les initiatives et la volonté d’agir. Ainsi, questionnés sur ce qui a changé pour eux depuis le 13 novembre 2015, près d’un jeune sur cinq (19%) déclare s’être engagé pour une cause ou envisage de le faire.

Des Français généreux à l’égard des associations faisant appel aux dons*

Le contexte économique ne semble pas avoir impacté trop durement les habitudes des Français, dont plus d’un sur deux (55%) déclarent faire toujours partie du cercle des donateurs.  Si celui-ci est en léger retrait par rapport à 2015 (-5 pts), la part de ceux qui effectuent un geste au moins une fois par an progresse (44%, +2 pts)  et à noter que près d’un Français sur cinq en fait partie (19%). L’érosion la plus notable se situe du côté des donateurs « occasionnels », qui passent de 18 à 11 % de la population, mais le séisme au Népal avait vraisemblablement contribué à la hausse de 2015 (même niveau qu’en 2010 avec Haïti). S’agissant des plus jeunes, près de la moitié des moins de 35 ans donnent aux associations (48%) et dans cette tranche d’âge, la proportion de donateurs réguliers au cours des deux dernières années a fortement augmenté (37%, +11 pts vs 2014).

* extrapolations faites à partir de données déclaratives

Sources :

Credoc/DJEPVA, Baromètre DJEPVA sur la jeunesse, en ligne, entre décembre 2015 et janvier 2016 auprès de 4000 jeunes de 18 à 30 ans.

Kantar Sofres/Comité de la Charte, Baromètre de la confiance des Français à l’égard des associations, face à face, 25-29 août 2016

Harris/La France s’engage, Etat des représentations et visages de l’engagement, en ligne, du 25 au 27 janvier 2016

Opinionway/Cevipof, Baromètre de la confiance en politique, en ligne, du 17 au 28 décembre 2015

IFOP/Dimanche Ouest France, La France a des solutions, en ligne, du 28 au 30 septembre 2016

Enquêtes IFOP/France Bénévolat auprès de 3 156 personnes et Recherches & Solidarités, auprès de 6 667 bénévoles (janvier 2016)

INSEE Première, n°1587, mars 2016

26 octobre 2016 / Études
Portrait de Département Opinion
Département Opinion